The Experimental 2004
Journal du 6e festival international de théâtre expérimental du Caire
(21/09/2004)
Entretien à bâtons rompus avec Sophie Daull directrice artistique du spectacle La Partie du dedans.
Qu'est-ce qui rythme une scène qui
regroupe des expressions artistiques diverses : la musique, le
chant, et surtout la sculpture?
C'est le travail de la terre qui règle
le rythme du spectacle. Car son rythme est incompressible. On ne peut
pas raccourcir le temps de travail. C'est vraiment le poumon du
spectacle. Le lien de ce spectacle, c'est la propre vie de la matière.
Pour faire cent sculptures, il faut du temps. Il faut la battre, la
tourner, la mouiller, la rebattre. Mon rôle a été d'empêcher les temps
morts sur scène, avec des jeux de lumières, de sons et de mouvements.
Comment faire pour qu'aucunes de ces sensibilités ne prennent le dessus ?
C'est une création collective dans
laquelle j'ai fédéré et fait en sorte que les imaginaires de chacun
coïncident avec ceux des autres. Comprendre que chacun possède quelque
chose de l'autre. C'est vraiment la terre qui crée le lien entre toutes
ces disciplines et qui est l'objet du partage. En s'engageant dans
cette aventure, les artistes ont pris un gros risque. Car, tout le
monde chante, tout le monde sculpte et prend donc le risque de partager
le domaine de l'autre.
Comment avez-vous procédé ?
J'ai utilisé beaucoup de danses. Ils
ont fait un travail d'expressions corporelles. Mais tout le travail
pour conduire à cette respiration commune du groupe sur scène, c'est
avec mon bagage de danse et de musique que j'ai pu le faire.
Quelle est la trame narrative de La partie du dedans?
C'est ce mail d'une Japonaise qui a
fait le tour du monde et qui dit s'il restait 100 personnes sur terre,
il y aurait 48 hommes 52 femmes. Il y aurait 40 analphabètes, 12
malades du sida, 1 seul universitaire, etc. La partie du dedans, c'est
donc une proposition poétique, pour retracer toute l'histoire de
l'humanité. Depuis les comportements les plus archaïques les plus
barbares, suivis par l'élaboration du langage, de l'écriture et de la
forme artiste, et enfin pour arriver à la maîtrise de l'informatique.
Jusqu'où avez-vous voulu aller dans votre spectacle ?
Nous avons voulu montrer qu'une
fracture s'accentue entre les nantis et ceux qui ne le sont pas.
Ce mail montre une vue de l'humanité saisissante. Ce sont des décisions
politiques qui conduisent à cet état. Le bonheur peut exister sans la
micro-informatique, mais pas sans la connaissance. C'est une critique
poético-politique de la mondialisation. Nous avons essayé de dire,
qu'avec de la musique, de la terre, des émotions, on peut aussi être
utile, être un humain honorable.
Pourquoi le choix du titre La partie du dedans et pas Les parties du dedans?
Je pense que le pluriel aurait été
faut. Car on cherche « la » partie commune. Ce qui forme le noyau
d'humain une fois qu'il est dépouillé de tout: ces masques sociaux, ces
habits, etc. Par ce projet, on cherche donc une profonde
nudité et une grande humilité.
Est ce que vous avez un outre projet commun?
(Rire) : Eh bien, on va faire La partie du dehors !
En bref...
Le spectacle musicoplastique La
Partie du dedans est né de l'association d'Eoliharpe, et de L’eau
Lourde. Il a été conçu avec 2 artistes iIIustrateurs et graphistes,
Bruno Poiré et Christine Coste. Amis de longue date, ils ont voulu
associer, dans ce nouveau projet, leurs compétences et leur
sensibilité. Eoliharpe a été fondée en 1996 par Gilles Constant et
Claire Bossé. Gilles est musicien. Claire enseigne le chant. Le but de
cette compagnie est de travailler sur toutes les formes artistiques
avec la musique comme élément permanent. Elle recherche à travers les
rencontres et les échanges avec d'autres formes artistiques: danse,
théâtre et art plastique, de nouveaux moyens d'expression.
Christine Coste et Bruno Poiré ont
fait des études d'arts plastiques. Elle fait de la sculpture, et du
modelage. Et lui fait de la vidéo professionnelle et du graphisme.
Sophie Daull est comédienne. Elle a une compagnie qui s'appelle
L'eau lourde, qu'elle a créée en 1995 avec deux femmes, l'une
musicienne et l'autre danseuse. En 2000, L'eau lourde a présenté un duo
danse-théâtre intitulé Inside, d'après « la vie tranquille »
de Marguerite Duras.
Ida Ghali
Courrier de l'Ouest
(01/11/03)
Ouest France
(29/10/03)